La planification centralisée domine toujours certains modèles économiques, malgré la montée en puissance des économies de marché mondialisées. Plusieurs sociétés privilégient la mise en commun des ressources, même face à une valorisation croissante de l’individualisme dans de nombreux pays. Cette approche influence non seulement l’organisation du travail, mais aussi la redistribution des richesses et le fonctionnement des institutions.
Des systèmes éducatifs jusqu’aux structures politiques, des exemples concrets illustrent le choix de la coopération collective. Chaque modèle fait l’objet de débats persistants autour de son efficacité, de ses bénéfices et de ses limites.
Le collectivisme : origines, définitions et principes essentiels
Le collectivisme s’impose comme une manière d’organiser la société où l’intérêt collectif prend le pas sur la quête individuelle. Depuis le XIXe siècle, il s’oppose frontalement à l’individualisme : au cœur du débat, la question de savoir à qui revient la maîtrise, la régulation et la propriété des moyens de production.
Ce sont les bouleversements industriels qui ont vu naître les premières formes politiques du collectivisme. Karl Marx et d’autres penseurs socialistes défendent alors la propriété collective du capital, en rupture complète avec la propriété privée chère au capitalisme. Mais la définition du collectivisme n’a rien de figé : elle oscille entre expériences d’autogestion et bureaucratie d’État, au gré des contextes et des luttes sociales.
Pour saisir l’essentiel, voici trois piliers qui fondent l’idéal collectiviste :
- mise en commun des ressources et des outils de production,
- gestion collective tant des biens que des décisions majeures,
- prééminence du groupe sur les droits individuels.
On retrouve ce mode d’organisation sociale dans une palette de régimes : du communisme collectiviste le plus structuré à certains modèles socialistes, en passant par des sociétés où l’État s’engage pour corriger les déséquilibres. L’opposition entre collectivisme et individualisme continue d’alimenter les débats contemporains, qu’il s’agisse du partage des richesses ou de la définition des libertés.
Comment le collectivisme s’est développé à travers l’histoire ?
Bien avant qu’on ne parle de capitalisme ou de socialisme, le collectivisme s’inscrivait déjà dans la trame des sociétés traditionnelles. L’anthropologie et l’ethnographie mettent en lumière des groupes où tout repose sur l’entraide, la solidarité et le partage des ressources. Dans de nombreux villages d’Afrique ou de Sibérie, la propriété collective de la terre ou du bétail n’est pas une utopie, mais une évidence. La tradition et les croyances renforcent cette logique, la présentant comme un rempart contre l’incertitude.
Au fil des siècles, le collectivisme évolue. L’Europe médiévale pratique les biens communaux et les confréries ; la solidarité y structure la vie quotidienne. L’ère industrielle renverse la donne : face à la montée de l’individualisme, de nouveaux mouvements contestent la domination du profit individuel. Des chercheurs comme Geert Hofstede, Harry Triandis ou Ronald Inglehart analysent la persistance des valeurs collectives, en particulier en Asie et en Europe de l’Est, où elles demeurent profondément ancrées.
La World Values Survey enfonce le clou : d’un côté, des sociétés qui misent sur l’expression de soi ; de l’autre, celles qui privilégient la préservation du groupe. Les débats autour du contrat social, de la démocratie chrétienne ou du libéralisme classique témoignent d’un balancement permanent entre collectif et affirmation individuelle.
Exemples concrets de collectivisme dans différentes sociétés
Le collectivisme se décline différemment selon les cultures et les époques. Au Maroc, le principe de segmentarité façonne la vie communautaire : familles élargies, groupes lignagers, solidarités locales constituent un maillage d’obligations réciproques. Les notions de généalogie et de nisba (lien de filiation) jouent un rôle clé dans la répartition du pouvoir, la gestion des conflits et l’accès aux ressources. L’équilibre entre l’individu et le groupe se construit dans une tension constante, entre identité personnelle et intérêt collectif.
En Asie de l’Est, c’est le collectivisme horizontal qui domine. Au Japon ou en Corée du Sud, la coopération et l’harmonie sociale sont des valeurs cardinales. Le consensus et le respect des aînés priment ; ici, le groupe passe avant l’individu, sans pour autant imposer une hiérarchie rigide, contrairement au collectivisme vertical où la stratification sociale est plus marquée.
Le paysage politique offre d’autres exemples frappants. Le communisme soviétique, étatisé et centralisé, a supprimé la propriété privée pour instaurer une propriété collective des moyens de production. À l’opposé, les kibbutz en Israël reposent sur l’autogestion volontaire, le partage total et l’autonomie du groupe. Deux modèles, deux philosophies : l’un privilégie le contrôle central, l’autre, l’initiative collective. Cette diversité nourrit encore aujourd’hui des réflexions profondes sur la place de la liberté individuelle face au bien commun.
Avantages, limites et débats actuels autour du collectivisme
Le collectivisme avance des arguments forts pour défendre la justice sociale, l’égalité et l’entraide. Sur le terrain, il se distingue par des effets concrets. Voici quelques-uns des bénéfices souvent mis en avant :
- un lien social renforcé, cimentant le sentiment d’appartenance,
- une distribution plus équilibrée des ressources,
- la mise en avant de l’altruisme et de l’intérêt collectif.
Mais l’autre face de la médaille ne manque pas de critiques. Parmi les inconvénients du collectivisme fréquemment cités, on retrouve la tendance à restreindre la liberté individuelle, le danger d’un conformisme paralysant ou d’une hiérarchisation excessive, et l’emprise de l’autorité au détriment de la place reconnue à chaque personne.
La répartition du pouvoir et la place du statut dans ces sociétés suscitent des discussions nourries. Les analyses de Geert Hofstede ou Harry Triandis pointent les répercussions de ces choix collectifs sur l’expression personnelle, la créativité ou la capacité à remettre en cause les normes établies. La réflexion actuelle pousse à questionner la capacité du collectivisme à réduire les inégalités sociales sans brider les aspirations individuelles. Quant au collectivisme libertaire, il marque une tentative de réinventer l’équilibre entre solidarité et autonomie, loin des modèles autoritaires.
Face à ces dilemmes, il reste une question ouverte : jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour conjuguer liberté et solidarité, sans sacrifier ni l’une ni l’autre ?


